28 mai 2026
En partenariat avec la Chambre d'agriculture de région Ile-de-France, des graines de ray-grass ont été prélevées sur 4 parcelles du territoire de Centre Brie

La Chambre d’agriculture d’Île-de-France a présenté ce mercredi 20 mai les premiers résultats de ses essais de résistance des graminées aux herbicides sur le territoire de Centre-Brie, après des prélèvements réalisés en 2025. Cette restitution intervient dans un contexte de forte progression du ray-grass et du vulpin dans les systèmes céréaliers du territoire. La chambre souligne notamment que la réduction des matières actives disponibles diminue la variété des modes d’action et accélère la sélection de populations résistantes.

Il existe deux grands mécanismes de résistance des adventices aux herbicides :

  • Résistance liée à la cible (TSR, Target-Site Resistance) : elle résulte d’une mutation du site actif de la protéine cible de l’herbicide. Ces populations résistantes sont principalement sélectionnées par l’utilisation répétée d’un même mode d’action. Chez le vulpin et le ray-grass, on observe par exemple :

- une mutation Trp574 de l’enzyme ALS (Acétolactate Synthase), cible des inhibiteurs de l’ALS ;

- une mutation Leu1781 de l’ACCase (Acétyl-CoA carboxylase), cible des inhibiteurs de l’ACCase.

  • Résistance non liée à la cible (NTSR, Non-Target-Site Resistance) : elle correspond à une réduction de la dose d’herbicide. Ce mécanisme repose souvent sur une surexpression d’enzymes de détoxification capables de dégrader plus rapidement les substances actives, comme le flufénacet ou le prosulfocarbe. Cette résistance peut entraîner des résistances croisées à plusieurs familles d’herbicides. Elle est favorisée par l’utilisation répétée de faibles doses de substances actives, qui sélectionnent progressivement les individus capables de mieux détoxifier les herbicides.

L’enjeu est donc d’identifier clairement les substances actives efficaces et de guider leur utilisation pour maintenir leur efficacité.

Les substances actives testées sont :

  • Mode d’action sur le système racinaire : prosulfocarbe, pendiméthaline, chlotoluron, aclonifen
  • Mode d’action foliaire : pinoxaden, cléthodime et le glyphosate.
  • Autre : foramsulfuron, propizamide, DMTA

Les prélèvements concernent des parcelles où la problématique ray-grass est récurrente depuis au moins 3 ans. En Ile-de-France, dix sept parcelles ont été prélevées dont 16 en ray-grass et 1 en vulpin. Les résultats ont souligné une efficacité significative (mortalité supérieure à 90 %) pour l’ensemble des substances actives testées excepté le prosulfocarbe, le pinoxaden et l’aclonifen qui présentent une efficacité plus mitigée.

L’utilisation accrue de certains herbicides comme le prosulfocarbes, la cléthodime et le propyzamide entraîne une sélection des populations résistantes à ces substances actives. Les discussions ont souligné une moindre efficacité de ces molécules sur le terrain par rapport aux résultats expérimentaux présentés. Les mécanismes de résistances peuvent coexister sur une même population et entrainer une impasse technique lorsque la gestion repose uniquement sur l’utilisation d’herbicides. Ces éléments conduisent donc à intégrer l’ensemble des leviers agronomiques disponibles pour contenir le stock semencier des parcelles. La prise en compte des conditions météorologiques peut conduire à privilégier le désherbage mécanique et limiter l’utilisation des herbicides lorsque les conditions de bonnes pratiques ne sont pas réunies.

Lorsque le salissement devient préjudiciable, l’introduction rapide de deux années consécutives de cultures de printemps permet de réduire significativement la pression des graminées automnales. Les cultures de chanvre et de sorgho constituent, par exemple, de bonnes cultures de rupture grâce à leur fort pouvoir concurrentiel. L’avoine peut également représenter une option intéressante en raison de ses propriétés allélopathiques.

L’efficacité de l’ensemble de ces leviers agronomiques dépend toutefois du stock semencier présent dans la parcelle. Une intervention précoce permet d’optimiser la gestion de ces adventices, de limiter leur prolifération et de réduire le recours aux herbicides. Cette gestion intégrée contribue également à diminuer le risque de sélection de populations résistantes.