Située quelques mètres sous les sols briards, la nappe des formations de Brie (argile à meulières et calcaire de Brie) a servi à l’alimentation en eau pendant des siècles comme en témoigne les nombreux puits sur le territoire. Elle a été abandonnée pour cet usage dès les années 60, en raison de faible productivité et de sa qualité dégradée. Bien que délaissée, elle conserve un rôle essentiel de soutien d’étiage des cours d’eau, en retardant les assecs, préservant les milieux aquatiques et la biodiversité en période de sécheresse, et elle reste la source de nombreuses interrogations.
Ainsi dans le cadre de projets d’aménagement, nous sommes régulièrement sollicités par des bureaux d’études pour connaitre sa profondeur et son battement. De même que les nouveaux propriétaires aux caves inondées, qui ne comprennent pas l’origine de cette eau. Des communes et communautés de communes cherchent également à maîtriser les eaux claires parasites venant de la nappe dans leurs réseaux d’assainissement. Par ailleurs, dans une logique d’adaptation au changement climatique, les projets de territoire tendent à privilégier l’infiltration à la parcelle, ce qui soulève la question de la capacité de la nappe à absorber des volumes d’eau qui, jusqu’à présent, ruisselaient en surface. Enfin, elle contribue à la recharge
de la nappe, plus profonde, des calcaires de Champigny, soit depuis les plateaux par drainance
, soit via ses sources dans les vallées en alimentant les cours d’eau et leurs zones infiltrantes.
Lavoirs alimentés par des sources de la nappe du Brie
Face à ces enjeux de connaissance, AQUI’ Brie a mené 2 campagnes de mesures de la profondeur de la nappe : l’une en septembre 2023, en période de basses eaux, et l’autre en janvier-février 2024, en période de hautes eaux, dans le but d’actualiser l’unique carte existante datant des années 70[1]. Au total, 266 puits ou piézomètres ont ainsi été mesurés au cours de ces 2 campagnes. Ces mesures ont ensuite été complétées par le géoréférencement de 464 sources de la nappe recensées dans la bibliographie (cartes IGN et géologiques) ou identifiées sur le terrain, afin de délimiter l’étendue de la nappe au niveau des plateaux et des crêtes. En effet, les formations de Brie ayant été entièrement érodées dans les vallées, les sources de la nappe émergent en bordure des plateaux et des lignes de crête.
L’équipe d’AQUI’ Brie était à pied d’œuvre pour mesurer la profondeur de la nappe en septembre 2023 (en haut) et en janvier-février 2024 (en bas).
En compilant l’ensemble de ces données, AQUI’ Brie a pu réaliser les cartes piézométriques des 2 campagnes. Ces cartes fournissent des informations essentielles sur le fonctionnement de la nappe : le sens d’écoulement, l’amplitude du battement entre basses et hautes eaux, mais aussi l’identification des zones de remontée de nappe.
Les courbes de niveau issues des 2 cartes piézométriques, tracées tous les 5 mètres en altitude NGF, seront prochainement disponibles sur le site national du SIGES (Système d'information pour la Gestion des Eaux Souterraines). Pour accéder aux données plus détaillées (courbes de niveau tracées au mètre, points de mesure, zones de remontée de la nappe) issues des 2 campagnes, il est nécessaire de prendre contact avec AQUI’ Brie.
[1] Jusqu’à présent, l’unique carte piézométrique
de la nappe du Brie avait été réalisée par le BRGM en 1970 à l’échelle 1/200 000, et restait approximative. Celle-ci reposait en effet sur des niveaux piézométriques issus des archives de l’époque, complétés par des mesures réalisées sur environ 200 points entre 1963 et 1970 (Mégnien, 1970).