Localisation des ouvrages du réseau Qualichamp et de leurs niveaux captés dans le Champigny
Comme beaucoup de nappes d'eau souterraine, celle des calcaires de Champigny est mal en point. Mais pour faire un bon diagnostic, encore faut-il disposer d'un bon thermomètre!
Le réseau QUALICHAMP de surveillance de la qualité de l'eau permet de connaître « l'état de santé global» de la nappe et de suivre son évolution. Pour optimiser le suivi de cette ressource en eau, une surveillance plus fine serait nécessaire, entre autres, en prélevant tous les points en même temps, en améliorant la liste des polluants suivis, en pérennisant le réseau malgré les abandons de captages … Mais tout cela coûte très cher !
Nombre d'analyses de chaque pesticide et pourcentage de quantification dans les nappes de Brie et de Champigny entre 1999 et 2004 (lecture : l'atrazine recherchée dans environ 1360 analyses est quantifiée près de 8 fois sur 10)
Autrefois de bonne qualité, la nappe des calcaires de Champigny est aujourd'hui principalement polluée par les nitrates et les pesticides, essentiellement des herbicides. Depuis le début des années 90, plusieurs dizaines de captages réservés à l'alimentation en eau potable ont été abandonnés à cause de la mauvaise qualité des eaux souterraines. En plus de casser le thermomètre, dans quel état allons-nous laisser cette ressource en eau à nos enfants ? AQUI' Brie tire la sonnette d'alarme.
Cumul des concentrations en triazines dans la nappe des calcaires de Champigny en 2005-2006 - source AQUI' Brie
Cela fait maintenant plusieurs années que les triazines, famille de composants de désherbants utilisés pendant plus de 40 ans, sont interdites en Seine-et-Marne. Pourtant, elles continuent de contaminer massivement la nappe. De leur fait, plus de 8 captages sur 10 du réseau QUALICHAMP dépassent encore la norme de potabilité de 0.1 µg/l ! Aujourd'hui, les produits de la dégradation chimique des triazines sont retrouvés en plus forte concentration que les molécules initiales.
Cependant entre 1999 et 2006, on a pu observer une tendance à la baisse sur plusieurs captages. Impact de l'interdiction d'usage ou contexte pluviométrique déficitaire ? Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions.
Cette pollution est liée à d'anciennes pratiques tant agricoles que non agricoles, y compris tout un chacun pour désherber une allée !!! Et les chercheurs estiment qu'il faudra encore plusieurs dizaines d'années pour qu'on ne retrouve plus de triazines dans la nappe. A quand l'atteinte du bon état chimique du Champigny ?
Les pesticides que l'on commence à retrouver dans la nappe des calcaires de Champigny (retrouvés entre 1999 et 2007) - source AQUI' Brie
Outre les triazines, on commence à retrouver ça et là dans la nappe de « nouveaux » pesticides.
Concentrations moyennes en glyphosate dans les rivières du territoire de compétence d'AQUI' Brie durant 5 campagnes de mesure en 2005-2006 (la limite de qualité est de 0.1 microgramme par litre)
Si ces pesticides sont « nouveaux » dans la nappe, et encore rares, ils ne le sont pas dans les cours d'eau qui l'alimentent ! Dans les rivières, c'est un cocktail de pesticides qui est retrouvé en permanence, plusieurs dizaines dans certains petits cours d'eau. Ainsi le glyphosate arrive dans le peloton de tête des polluants des rivières. Ce composant entre autres du célèbre « Round up », a remplacé l'atrazine aujourd'hui interdite. Maintenant, il commence à apparaître dans la nappe. Va-t-il à terme y « détrôner » les triazines ? Plutôt qu'interdire ne faut-il pas plutôt cesser d'utiliser ces désherbants chimiques? Allez voir nos conseils dans la rubrique « Et vous ? ».
Illustration d'une très bonne corrélation entre les concentrations en nitrates (en orange) dans le Champigny et le niveau de la nappe (en bleu) dans le secteur de la Visandre (77) - source AQUI' Brie
La pollution de la nappe des calcaires de Champigny par les nitrates est généralisée. L'examen sur une longue durée des teneurs en nitrates montrent une augmentation continue depuis le milieu du XXème, en moyenne entre 0.4 et 0.6 mg/l par an. Mais elles peuvent fortement varier d'une année à l'autre, puisqu'elles suivent les variations pluviométriques et donc le niveau du Champigny.
D'autres facteurs peuvent également jouer, comme la proportion des terres agricoles et des surfaces boisées, l'épaisseur du recouvrement marneux, la profondeur du captage, etc.
L'amélioration de l'assainissement des eaux usées fait, qu'aujourd'hui, cette pollution est majoritairement d'origine agricole.
Nombre d'analyses de chaque micro-polluant dans la nappe des calcaires de Champigny et le pourcentage de quantification entre 1999 et 2004 - source AQUI' Brie
Ce ne sont pas les principaux responsables de la dégradation de la nappe des calcaires de Champigny. Néanmoins, on en retrouve de façon localisée, en faible teneur, notamment dans les zones du territoire les plus urbanisées.
Ces substances signent plutôt une pollution d'origine industrielle et domestique. C'est par exemple, le fond de bouteille de White spirit que l'on vide dans l'évier … mais aussi le trafic routier, la combustion y compris de la cigarette…
Concentration moyenne en sélénium dans la nappe des calcaires de Champigny en 2005-2006 - source AQUI' Brie
Les eaux profondes de l'Yprésien, base de la nappe des calcaires de Champigny, contiennent naturellement des teneurs élevées en sélénium. Oligoélément indispensable pour la santé, le sélénium peut devenir toxique en cas d'excès dans l'organisme. Ce qui, sans traitement de potabilisation préalable, peut la rendre impropre à la consommation pour certaines catégories de la population (femmes enceintes, nourrissons…). Cette pollution reste très localisée en Seine-et-Marne (ronds rouge et noir sur la carte).
Pouvons-nous boire l'eau du robinet, sans crainte pour notre santé ? Voilà bien une question qui nous préoccupe à en juger par le nombre d'articles à sensation sur ce sujet ! Mais rassurons-nous, si la pollution de l'eau peut avoir des impacts sanitaires, l'eau potable reste le produit alimentaire le mieux surveillé ! L'eau potable obéit à des limites de qualités réglementaires très strictes. Par ailleurs, nous ingérons et respirons beaucoup plus de pesticides que nous n'en buvons. D'où tout l'intérêt d'en réduire l'utilisation.
Schéma des limites de qualité et de potabilité des seuils sanitaires
Toutefois, la mauvaise qualité des ressources en eau rendent nécessaires des traitements de plus en plus coûteux. Au-delà d'un certain degré de pollution, on n'a plus le droit de les utiliser pour l'alimentation en eau potable ! Comme la nappe des calcaires de Champigny, de plus en plus de ressources en eau se dégradent. C'est cela qui est vraiment inquiétant !